le fennec mordant
La révolution lactogène en marche !

Il parait que dans la grande ferme c’est la chamaillade ce mois-ci. Une sorte d’inter-villes grandeur nature où les races et les espèces s’envoient gaiement des gnons sur le museau. Histoire d’attendre la prochaine glaciation tout en s’amusant. Bien sur, les noms d’oiseaux fusent de partout et cela (ne pourrait qu’amuser notre fennec national ! Hourra !
Une vraie foire d’empoigne, à dire vrai ! Même les tuniques bleues, habituées à se la mettre en sourdine et à foncer dans le tas comme des bisons en chaleur, il parait qu’elles ont osé réclamer leur droit à la grève. Les flics ont eu leur moment de gloire en squattant la rue, refusée par leur soin aux autres catégories de protestataires. Ce jour-là, la citadelle a failli chanceler par cette ruade inattendue. C’est pour vous dire le raffut que ça fait une ferme en rébellion.

Cette fois-ci, nous allons parler des oiseaux de la basse cours qui se cabrent. Pour une histoire de lait, en plus. De bols de lait mal répartis à en croire ces cousins de l’autruche.
Vache à lait
Comme ça donc, les canards ont-ils eu l’idée de se liguer pour améliorer leur becquée et dire à la vache qu’ils n’aiment plus cette façon de faire. Sans animosité entre les deux bêtes. Juste une sorte de lutte pour la survie digne des grands classiques darwiniens.

Nos canards, pas trop fatigués de leur batifolage quotidien, trouvent la force de dire, pas directement à celle qui donne le lait (pour parler comme dans la réclame du Kiri à la crème), mais à celui qui la garde, que la mare en a marre de ces vacheries!

Pourtant, lui, le cow-boy, il se rêvait poète reconnu pour sa plume, spécialiste des fermes, des fromages et des bergères, un verre de petit-lait à la main (et plus si affinité). Mais, le voilà mu en héron garde-bœufs, chargé de tendre la mamelle au bec qu’il faut au moment qu’il faut.

Le play-boy (Oups ! le cow-boy) objecte qu’il ne dispose que de quatre petites quéquettes lactogènes pour toute une chiée de blancs-becs « siphonneurs ». Il fait ce qu’il peut, le garçon, et forcément il fait des mecs contents et des mécontents.

Dans l’histoire (Pour celle avec un grand H, nous venons de fêter le 60ème anniversaire de la révolution de novembre 1954 avec un logotype qui serait une usurpation), le dindon n’est pas le canard (enfin, pas tous), contrairement à ce que les ressemblances peuvent suggérer.

C’est plutôt du côté du berger qu’il faut regarder car les Dieux de l’Olympe, ceux qui écument le Val de d’Hydra, le Club des Pins et autres villégiatures algéroises, dans leur infinie sagesse, l’ont chargé de l’insigne besogne, celle de pincer le pis avec doigté (ça tombe sous le sens) pour réglementer le débit du lait et assurer sa distribution, « de manière transparente ». Et pour cause, la vache (l’ANEP) « est une société à caractère économique, indépendante gérée selon les normes du marché», affirme-t-il, selon le palmipède virtuel Tout sur l’Algérie. Il souligne même que les critères pris en considération (dans la répartition du lait publicitaire) sont « le tirage du journal, le souhait des annonceurs, l’éthique et la déontologie ». Blablabla ! Rien que ça.

Dans un de ses couinements, le canard El Watan affirme que « l’ancien chargé de communication d’une entreprise de téléphonie mobile (Notre Cow-boy) invente même, au passage, un nouveau concept : le «cercle vertueux» de la presse. » Une sorte de chien qui se mord la queue mais pour la bonne cause.

Plus encore, ce canard engage sa meilleure plume pour pendre haut et court notre gardien de troupeaux. Jugez-en : « (…) Sa feuille de route est simple. Elle ne comporte pas la réforme de la presse, mais bel et bien la répression tous azimuts des journaux qui se sont opposés ou ont émis des réserves au quatrième mandat de Bouteflika. Il s'agit aussi de les éliminer ou les affaiblir totalement pour que toute critique du pouvoir soit, à l'avenir, bannie du champ médiatique. Hamid Grine n'a pas hésité à bafouer ouvertement la loi en s'ingérant dans les relations commerciales et en faisant pression sur les entreprises économiques privées travaillant avec les médias à abattre. Son langage est devenu hargneux et il fait honte, y compris au gouvernement qui l’emploie. » 

En somme, il s’agit d’appliquer la loi de la jungle au zoo qui tient lieu de ferme nationale. Histoire de perpétuer l’idéal de Boumediene 1er qui, en son temps, avait mis en branle la révolution agraire, nationaliser les terres et fonctionnariser les fellahs. Il a même gravé un tracteur, à un seul phare, sur la face de nos dinars d’antan! Plus que jamais, le borgne est roi aux pays des aveugles. 

Pourtant, il aurait suffit d’installer une pompe autorégulée (Taiwan, voire plus loin) sur le pis de la vache et le tour sera joué. Aussi, faire breveter ce procédé par l’UNPA et confier la réalisation des nos poulaillers à nos amis asiatiques, une fois l’autoroute Est- Farwest livrée (à la rapine).

Ça frise le crime contre la race bovine mais il parait que l’ONU a les yeux rivés sur d’autres traficotages biotechnologiques plus meurtriers.

Revenons à nos moutons, donc. Enfin, à nos Dieux. Oui, ils sont capables du meilleur comme du pire. Ils gardent dans leur harem ultrasécurisé la déesse de l’opulence, la pulpeuse Ops (Sonatrach pour les intimes) et fourguent, à une communauté d’oiseaux criailleurs, une vache qui ne regarde même plus les trains passer (Rien à voir avec le déraillement de celui Thénia-Alger), vous l’aurez compris.

Aux yeux des Dieux, seule la belle et maternelle Ops est sacrée. De ses seins jaillit l’élixir (les plus avisés parleraient de Pétrole) qui garde la smala en vie (en rallongeant la vie du patriarche), récompense les courbettes, ravive les flammes des courtisans et achète la trique qui casse les dents affamés. Le pétrole paye même les amulettes idéologiques anti-corbeaux, merles et autres étourneaux semeurs de Kofr ornithologique.

Pour avoir droit à cette huile si exceptionnelle, il faut être un immortel, un bien né, un chanceux, un élu (indus élus, diraient nos opposants de la CNLDT ou du FFS, je ne sais plus !). Le sacerdoce est simple : ne jamais quitter des yeux la poitrine divine d’Ops laissant suinter l’huile miracle qui fluidifie les rouages de la Grande Cité. On n’entube pas un peuple sans lubrifiant, ça non !

Et Bien entendu, pour que la pilule passe sans encombre, ils mandatent leur tambourineur attitré pour « adoucir » tout ce tintamarre.

Selon Liberté, « Il (Amar Saidani) a enfin renouvelé son soutien à la presse, à la liberté de la presse et a clairement averti contre les tentations de lui porter atteinte, de la soumettre ou la domestiquer et de vouloir “fermer des titres” » avant de préciser que « “Nous (Le FLN) voulons une presse de journalistes pas une presse de directeurs. La presse est avant tout une entreprise morale.”»

Vous me direz qu’il y a du lait chez le privé et il ne manque pas d’énergie. Son prix est même subventionné par le trésor public. Il paraît qu’il est multivitaminé et bon pour nos vieux os, mais nos canards tiennent à leur bol de lactose public par principe. Et pour se faire entendre, ils nous font payer, nous qui affectionnons encore leurs piailleries et leurs gazouillis insipides, rubis sur l’ongle : « A partir du jeudi 30 octobre, les quotidiens Liberté, Le Quotidien d’Oran et El Watan verront leur prix majoré de cinq (05) dinars et coûteront donc 20 dinars», annoncent-ils dans un communiqué.

Les Dieux, eux, aiment les bels emplumés, de cette espèce d’oiseaux qui savent raconter des sornettes dans les marécages, des contes de fées dans les basses cours, qui répètent avec exactitude les chants qu’on leur a appris à l’école fondamentale. Pas ceux qui disent que le peuple veut du pain, que la cité brûle, que les pâturages sont en jachère. Non ! Ceux-là sont maudits et voués aux vautours gardiens du temple et à leurs sourires carnassiers.