.

le fennec mordant En attendant Godot…

B’Sahtek Saïd !

En ce mois de novembre 2014, Saïd est inquiet et il y a vraiment de quoi appréhender un avenir plus qu’incertain. Boutef est annoncé par les médias étrangers hospitalisé à Grenoble au moment où les lucarnes serviles locales affirment qu’il se repose chez-lui, sans indiquer d’adresse précise. Ils ne peuvent pas se tromper puisque cela fait belle lurette que le président se considère aussi chez lui dans les établissements hospitaliers français. Les adeptes du 4e mandat retiennent donc leur souffle en s’accrochant, tant bien que mal, à sa santé au moment où le Président s’accroche de toutes ses forces à la vie et à son fauteuil… roulant. Saïd, lui, se contente de s’accrocher au fauteuil de son frangin. Tenaillé par le suspense, Le peuple, pour sa part, s’accroche comme il peut au Mektoub en espérant qu’il tiendra bon le plus longtemps possible. Que s’est-il donc passé pour qu’un pays aussi riche connaisse une gouvernance aussi calamiteuse ? Le problème résiderait-il dans le système politique adopté depuis 62 ? L’Algérie ne pouvait pas être une monarchie puisque l’algérien n’aimerait pas être considéré comme un sujet de sa majesté, refuserait de faire le rituel baisemain au souverain et n’admettrait pas la succession héréditaire au trône. L’Algérie ne pouvait pas être aussi un état islamique car le citoyen lambda tiendrait à ses habitudes vestimentaires, alimentaires et cathodiques (l’antenne parabolique est un produit de première nécessité). Officiellement, l’Algérie est une république régie par une Constitution et le peuple est jaloux de ses libertés individuelles et collectives. Mais les textes de loi sont une chose et la réalité du terrain une autre. Une Constitution violée à maintes reprises pour asseoir une présidence à vie, une nuée de serviteurs qui font la courbette au puissant du moment et une velléité de succession à El Mouradia, d’une part, ainsi que l’intrusion de la religion dans tous les domaines (politique, médiatique, éducatif…), d’autre part, font d’un pays libéré par des aigles et accaparé par des vautours un assortiment de monarchie prématurée et d’état religieux rétrograde. Cela fait deux ans que le pays est livré à lui-même, que le pouvoir d’achat est en perpétuelle chute libre, que les marcheurs sont arrêtés par la police avant que celle-ci ne se décide à battre le pavé à son tour sans que la majorité silencieuse ne daigne sortir de son mutisme. Portant en permanence une scie en bandoulière et prêt à tailler tout ce qui bouge, l’algérien est pourtant connu pour être l’un des plus critiques des homos sapiens. Curieusement, il se complaît dans une situation politique des plus loufoques dont les répercussions économiques se ressentent au fin fond de ses poches trouées. Le matin, en se levant, il se dit que l’Algérie n’est tout de même pas une république bananière avant de se raviser, l’après-midi, en regrettant que le pays ne soit pas un gros producteur de bananes, étant donné la flambée du prix de ce fruit exotique très prisé par les édentés. Le moins avisé des observateurs dira que sans opposition politique forte, n’importe quel peuple succombera à l’ordre établi par le ou les tenants du Pouvoir. Y a-t-il en Algérie une opposition forte ? La réponse est simple : l’opposition est divisée. Elle est, par conséquent, affaiblie. La proposition de changement des uns n’est pas acceptée par les autres et vice versa. En l’absence d’un rassembleur, le statu quo perdurera et fera le bonheur de Saïd…

Post-scriptum :
                  En attendant Godot est une pièce théâtrale en deux actes de Samuel Beckett, créée et publiée en 1953. La pièce met en scène deux couples de personnages : deux clochards d’une part et un esclave et son maître d’autre part. Les deux clochards, arrêtés près d’un arbre sur une route de campagne, attendent un certain Godot qui ne vient pas et dont on ne sait rien avant d’être rejoints par l’esclave et son maître. La veine comique de Beckett ressort dans l’absurdité de la situation renforcée par des dialogues de sourds et une gestuelle des personnages qui vire à la farce.

Hamid Aït Djoudi