. le fennec mordant

« Symbol » de mauvaise santé

Le hasard fait des siennes dès qu’il s’occupe de politique. Il a un art consommé de choisir le moment pour nous offrir des scènes cocasses, sinon pathétiques. Des scènes qui prêteraient à rire si ce n’est notre égo national, forcément démesuré, qui nous interdit tout effort de lucidité. Mais à chaque chose malheur est bon, bien sûr !

Ainsi, c’est au lendemain de l’inauguration de l’usine Renault à Tiaret, produisant désormais la fameuse « Symbol », que notre Tsar national s’envole vers la France pour des soins ou quelque chose dans le genre, vue l’opacité officielle sur le sujet.
On accueille, donc, avec les dattes et le petit-lait la marque au losange qui nous fourgue une bagnole à la limite de l’ « invendabilité » et on expédie, en catimini, notre monarque vers l’Hexagone pour se faire requinquer les bidules. Afin d’éviter le mot troc, parlons plutôt d’une sorte de vente concomitante où les cons sont tentés de ne pas être dupes, cette fois-ci.
Vous me direz que là n’est pas le problème. Mais, à force d’éviter, d’éluder et d’escamoter les problèmes, on finit par n’en résoudre aucun.

Réécrivons les clauses du contrat pour une fois : Pourquoi la France ne garde-t-elle pas sa ferraille étincelante sur quatre roues chez elle et décide plutôt d’installer à Tiaret, ou ailleurs, un vrai hosto digne du nom en signe d’amitié? Un hospice où pratiquerait la crème des toubibs gaulois. Comme ça, le cocorico au pays de Mezghena sera légitime, pour une fois Là. On ferait des économies notamment en matière de kérosène pour DZ Force One et des bennes de feuilles de choux.

Oui, vu le prix de la tonne de papier journal, on aurait soulagé l’économie nationale de tout ce gaspillage consistant à applaudir des deux pieds, puisque les mains comptent les pages de pub, la mise en production de la Symbol en nous la présentant comme le nec plus ultra de l’industrie auto. Alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’assembler les pièces d’un mécano fabriquées extra-muros. Avec à la clé, un taux d’intégration minablement insignifiant (participation des sous-traitants locaux).

En l’espace d’un mois, des milliers de papiers ont été pondus sur le sujet avec pour seules et maigres infos : la Symbol sera éditée à 25 000 exemplaires l’an et au prix de 1.22 millions de dinars avec création de 350 emplois directs. Pas de quoi fouetter un fennec somnolant et qui ne carbure qu’aux graines d’anis liquéfiés, l’animal.

Le sujet est colporté de site en site jusqu’à atteindre limites de la consanguinité éditoriale. Impossible de déterminer qui a écrit quoi, à partir de quelle source et avec quelle primeur ou originalité.

Avec les seuls mots « Symbol » et « Algérie », et en se limitant à un intervalle d’une semaine, l’actualité nous renvoie plus de 40 articles sur le sujet (Indexés par le moteur de recherche Google).

Mais, l’honneur est sauf, rassurez-vous ! Dans ce fatras où l’applaudimètre bat à tout rompre, tel un cœur pris de tachycardie, pour si peu, une voix brise le (con)sensus est nous livre un regard dissonant. Ecoutons Hafidh Derradji, écrire dans sa chronique « Symbole d’arnaque » sur TSA que « (…) cet événement (La Symbol tiartie, NDLR) donne l’illusion que l’Algérie a réalisé une grande avancée et un miracle à la fois. L’immense couverture politique et médiatique aurait peut-être dû, à mon sens, mentionner que le projet ne créait que 350 postes d’emplois, que le véhicule en question est fort simple et son prix coûteux est de 120 millions de centimes, de même qu’il n’est commercialisé qu’en Algérie, un marché qui grouille déjà de tant de véhicules de tous genres et de toutes marques internationales. L’Algérie n’avait vraiment pas besoin d’un tel projet qui, de surcroit, vient de France, dont le seul objectif était de sauver une société française ; Renault, qui comme ses compères, connait des crises multiples… ».

Vous me direz que le célèbre commentateur de foot n’est pas dans son élément, d’autant plus qu’il nous parle de son exil doré d’Arabie et où les trucages populaires ne sont pas plus démocratiques que chez-nous! Acquiesçons. Mais en parant de foot, vous incluez les Fennecs, notre onze national qui fait des merveilles ces jours-ci. Bravo ! Mais le notre, de Fennec, il n’aime pas les canards boiteux et couve sa cuite en ce moment sans espoir de rouler un jour en Symbol 4x4 dans l’immensité de son désert familier !
Abdenour BOUHIREB